Hélène Lefebvre

 

Hélène Lefebvre, DEC, infirmière à l’Hôpital général juif, termine actuellement son baccalauréat en soins infirmiers à l’Université de Montréal. Elle a été interviewée le 8 septembre 2021 par Laura Crump.

Surpasser la courbe d’apprentissage

« Pendant la COVID-19, il n’est pas rare de cumuler les tâches d’une infirmière intermédiaire et d’une infirmière séniore dans la même semaine », a déclaré Hélène Lefebvre au début de la pandémie. Elle avait raison : pendant la première année, Lefebvre a acquis une expérience diversifiée, consolidée par une foule de responsabilités et des liens profonds avec d’autres infirmier(ières) et des patients. « C’est un peu étrange, dit-elle. J’ai vécu tant de choses que j’ai l’impression de pratiquer depuis dix ans. »

Au début de 2020, Lefebvre était infirmière responsable des soins post-partum au service de maternité de l’Hôpital général juif et poursuivait un baccalauréat en soins infirmiers à l'Université de Montréal. Quand la pandémie a frappé, elle a été mutée au dépistage puis a rapidement été affectée à une unité nouvellement créée. « Je n’ai reçu aucune formation [pour cette unité], explique-t-elle. Je n’ai pas eu de vraie orientation. »

Lefebvre a posé beaucoup de questions aux autres infirmier(ières) et s’est vite retrouvée à la tête d’une équipe d’infirmier(ières) avec encore moins d’expérience qu’elle. « J’étais une infirmière ‘junior’, mais en théorie, la ‘sénior’ des juniors », dit-elle. Les défis étaient nombreux pour cette jeune infirmière soudainement appelée à gérer des situations pour lesquelles elle avait peu de formation ou d’expérience.

« Chaque fois qu’un patient allait mal, je me disais, ‘S’il vous plaît, pas un cas de code’. Je sais quoi faire en théorie parce que je suis allée à toutes les formations code bleu, mais nous étions dépassés, explique-t-elle. Heureusement, nous avons pu gérer toutes les situations, même une inondation! »

Une éclosion dans leur unité au début de la troisième vague s’est propagée parmi le personnel et les patients. « C’était comme un feu qui ne cessait de se répandre, explique Lefebvre. Un jour, j’ai littéralement pleuré pendant tout le chemin de retour à la maison. Un de mes patients préférés était atteint et j’ai alors pensé : ‘Est-ce que ça va s’arrêter? Est-ce que je vais l’avoir? Est-ce que nous allons tous l’attraper?’ »

Presque tous les membres de cette petite équipe ont fini par attraper la COVID. Après cette éclosion, ils ont été transférés à une unité COVID où Lefebvre a continué à remplir des rôles de direction. Même si elle-même était en formation, elle a pris la charge de l’équipe dès le deuxième jour, car c’est elle qui avait le plus d’ancienneté. « Toutes les infirmières étaient débutantes, elles n’avaient jamais vu un mort », dit-elle. Lefebvre a rapidement assumé le rôle et s’est retrouvée à enseigner les soins palliatifs.

« Quelquefois, nous jouions de la musique et dansions lorsque nous n’avions pas beaucoup de patients. »

La pandémie a aussi eu un effet un peu inhabituel sur Lefebvre. « J’ai eu envie de faire quelque chose que je n’aurais pas fait autrement, mais j’ai décidé que la vie est trop courte et j’ai teint mes cheveux en rose, dit-elle. Maintenant, je pourrais dire à mes enfants que leur mère a teint ses cheveux en rose pendant la COVID parce qu’elle voulait s’amuser un peu. »

Les moments de joie et de légèreté sont d’ailleurs devenus essentiels pour Lefebvre et son équipe. « Quelquefois, nous jouions de la musique et dansions lorsque nous n’avions pas beaucoup de patients, dit-elle. Parfois, lorsque nous nous amusions, les patients nous regardaient avec l’air de nous dire, ‘On pensait que vous étiez épuisés?’. Mais ce n’est pas parce qu’on fait des blagues qu’on n’est pas épuisé. Je parle au nom de tous les infirmiers et toutes les infirmières quand je dis que nous sommes fatigués de la COVID. »

Malgré la fatigue de la pandémie, Lefebvre reste attachée à une carrière en soins infirmiers. « Les patients me demandent, ‘Que ferais-tu si tu gagnais la loterie?’, et je réponds que je continuerais à travailler. Peut-être pas à temps plein, mais j’aime être infirmière. C’est le plus beau métier qui soit. »

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