Idah Helna Dunga Sona

 

Idah Helna Dunga Sona, inf. clin., est chef d’équipe au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman. Elle a été interviewée par Laurie Gottlieb le 7 mai 2021.

Le dilemme d’une infirmière

Pour Idah Helna Dunga Sona, infirmière et chef d’équipe au Centre gériatrique Maimonides Donald Berman, le début de la pandémie consistait à devoir prendre une décision difficile après l’autre. Le premier dilemme auquel elle a été confrontée était la question de se porter volontaire pour travailler avec les patients atteints de la COVID. C’était la première vague — il n’y avait pas de vaccins, pas de traitements connus, et on comprenait peu de choses sur le mode de transmission du virus — que devrait-elle faire?

En tant qu’infirmière, Idah Sona considérait qu’elle devrait se porter bénévole, mais elle était aussi une épouse et une mère de trois jeunes enfants. « C’était comme d’accepter d’être infecté et de mettre ma famille en danger », précise-t-elle. Elle a abordé la question avec son mari, qui a appuyé sa décision de travailler avec des patients atteints de la COVID.

Le soutien de sa famille était essentiel pour Idah Sona. « Le stress et la peur s’accumulaient. Chaque jour, de plus en plus de patients étaient admis et de plus en plus de membres du personnel tombaient malades », souligne Idah Sona.

Mais en tant que chef d’équipe, Idah Sona savait qu’elle ne pouvait pas montrer à quel point elle avait peur. « Mon comportement avait un grand effet sur l’équipe », dit-elle. Alors, son mari est devenu sa ‘ligne d’écoute’. « Je me libérais de mon fardeau lorsque je rentrais à la maison du travail. »

Elle se souvient que trop bien du jour où elle est arrivée au bout du rouleau. Elle soignait un patient qu’elle savait à la fin de ses jours et elle était la seule infirmière autorisée en service. Si elle quittait la pièce, elle savait, intuitivement, que le patient mourrait.

Écouter un extrait de l'entrevue de Idah Helna Dunga Sona :

« Parfois, j’avais le sentiment que ma présence à leurs côtés prolongeait un peu leur vie, parce qu’ils mouraient rarement quand j’étais là, dit-elle. Lorsque je quittais la chambre et revenais au bout de dix minutes, ils avaient cessé de respirer. »

Mais Idah Sona devait apporter un antibiotique à un autre patient, ce qui signifiait qu’elle devrait s’absenter. Quoi qu’elle choisisse de faire, elle sentait qu’elle laisserait tomber quelqu’un.

« C’est le jour où j’ai commencé à pleurer. Je ne savais pas quoi faire », dit-elle.

« Cette situation m’a vraiment aidée à comprendre le genre de personne et d’infirmière que je suis. »

Bien que la pandémie ait été difficile, elle a eu un bon côté pour Idah Sona, l’aidant à confirmer son choix professionnel. En effet, elle n’a pas toujours su qu’elle voulait être infirmière et avait étudié le droit dans son Cameroun natal. Or, maintenant, elle sait qu’elle a trouvé sa vocation.

« Cette situation m’a vraiment aidée à comprendre le genre de personne et d’infirmière que je suis. J’aime les gens. J’aime prendre soin d’eux. Je suis faite pour cette profession », déclare-t-elle.

Elle a également décidé de considérer la pandémie et tout ce qui l’accompagnait comme une occasion de perfectionnement professionnel. « La COVID m’a apporté une grande expérience professionnelle en très peu de temps, explique-t-elle. C’était comme si tout se passait dans un temps comprimé, comme une scène de film. »

Elle valorise ce qu’elle a appris. « La pandémie a grandement contribué à renforcer ma conception de la nature holistique des soins infirmiers, englobant la prévention de la maladie, le traitement et les soins palliatifs », souligne Idah Sona. Et elle lui a donné l’occasion de pratiquer sa philosophie personnelle en matière de soins infirmiers, à savoir de « soigner avec compassion ».

« Pour ma part, je suis heureuse quand je donne. C’est cette joie que je ressens quand je fournis des soins compatissants, que je vois les résidents heureux et les membres de leur famille moins stressés pour leur bien-être. »

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