Jean-Luc St-Amour

 

Jean-Luc St-Amour est un infirmier clinicien de 32 ans qui a fait du nursing de rue auprès des personnes itinérantes. Il a été interviewé par Karine Marineau le 16 mars 2021.

Dispenser des soins dans les rues

Avant les deux premières vagues de la pandémie, Jean-Luc St-Amour travaillait depuis quelques mois dans l’équipe de suivi de la population itinérante du CIUSSS Centre-Ouest dans le CLSC Métro (à côté du métro Guy-Concordia). Il était en vacances lorsque la première vague a déferlé. Il s’est senti coupable de ne pas avoir été présent, mais dès qu’il a pu il a rejoint sa petite équipe tissée serré (2 experts en dépendance, 2 travailleurs sociaux, 2 infirmiers). Son expertise en prévention des infections et sa compréhension des maladies infectieuses étaient essentiels.

« La réalité avait changé du tout au tout, mais pas les besoins de notre clientèle. On ne savait pas quelles précautions prendre. Il s’est écoulé beaucoup de temps avant que l’on reçoive des masques, [équipement de protection individuelle], et visières…Je me renseignais et je partageais des informations avec mon équipe », a précisé St-Amour.

Au fil des jours, tous les organismes communautaires ainsi que les cliniques médicales, les centres de désintox fermaient leurs portes, les hôpitaux ne prenaient plus de rendez-vous. Les toilettes publiques aussi étaient fermées. « Notre personnel a dû faire pression auprès des autorités pour que des toilettes chimiques soit installées sur notre territoire », a-t-il ajouté.

Écouter un extrait de l'entrevue de Jean-Luc St-Amour :

Il n’y avait plus d’endroit pour donner des soins sécuritaires, sauf dans certaines ressources communautaires qui avait des locaux le permettant ou en faisant des liens avec des organismes proches tel que des églises. « C’était les places les plus proches où j’avais accès à une salle. » St-Amour rencontrait des partenaires communautaires pour voir comment ils pouvaient continuer à travailler ensemble. Avant, il y passait beaucoup de temps à faire des soins physiques, des dépistages, à amener les personnes à leur rendez-vous mais il y avait des problèmes plus pressant à ce temps.

  « C’est à ce moment-là que nous avons eu l’idée de se promener avec un sac à dos (il continue de le faire) qui contenait pansements, trousses pour prises de sang, gants, jaquettes, bac de lingettes désinfectantes, etc. » Pendant le premier mois et demi de la pandémie, St-Amour et son équipe ont distribués sandwiches, kit de consommation pour le crack ou les drogues par injection, parce qu’il n’y avait plus de services de proximité ou de suivi qui offrait ce service dans le secteur.

Il a aussi collaboré avec divers organismes communautaires pour donner des soins et services à sa clientèle dans des parc et c’est à ce moment-là que des tentes ont été érigées. Il s’est empressé de créer des liens avec d’autres ressources.

C’est le CIUSSS Centre-Sud qui a mis sur pied une zone rouge d’isolement pour les personnes en situation d’itinérance. « C’était impressionnant de voir le déploiement de leur approche et nous avons beaucoup appris. J’ai travaillé dans cette unité pendant trois semaines au début de la pandémie », a expliqué St-Amour.

Grâce à l’arrêt de beaucoup des projets internes des autres services et de la couverture médiatique, son équipe a développé plus de liens avec la Direction des Soins Infirmiers. « Cela nous a permis de recevoir les services dont on avait besoin depuis très longtemps. »

Lorsque les chapiteaux ont été démantelés, la deuxième vague a frappé durement. Contrairement à la population en général, la vague de cas de COVID chez la population en situation d’itinérance s’est manifestée plus tard, en décembre. Il y a eu des éclosions importantes dans les centres de jour et dans les centres d’urgence qui avaient réouvert. Mais, St-Amour a précisé qu’il, « se sentait déjà plus en contrôle de la situation. C’est vraiment entre mars et juillet que l’adaptation s’est faite »,

Cependant, prodiguer des soins dans ces situations difficiles a également eu un impact sur son équipe, dont plus du tiers sont partis en congé pour d’épuisement professionnel après la deuxième vague. « C’est certain que ce climat de travail a un gros impact émotionnel lorsque tu n’es pas capable de donner les soins que tu veux », a dit St-Amour.

« Malgré les fermetures de plusieurs organismes communautaires et les conditions difficiles, nous n’avons jamais arrêté de pousser pour continuer de donner les soins nécessaires aux personnes itinérantes, et j’en suis très fier », a conclu St-Amour.

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