Nouvelles du CIUSSS

Quand la crise secoue la famille

Aider les familles aux prises avec des jeunes en détresse

La famille de Maxim se sentait démunie face aux problèmes de leur adolescent de 13 ans. La vie à la maison avait détérioré à tel point que la communication ne se faisait que par des cris – ou pas du tout. À l’école, la situation n’était pas plus reluisante : Maxim était hyperactif, abusait de diverses substances et avait même exprimé l’envie de se suicider. Tous les jours, l’école le renvoyait à la maison avec une note décriant son ‘comportement inapproprié’, jusqu’au jour où ce n’est pas à la maison qu’il a été envoyé, mais à l’hôpital.

« Nous avons été à l’urgence de l’Hôpital Sainte-Justine à l’insistance de la travailleuse psychosociale de l’école, explique Arlette, la mère de Maxim. La situation était devenue intenable, autant à l’école qu’à la maison. Pendant des années, nous avons été baladés d’un service à l’autre sans que Maxim reçoive l’aide dont il avait besoin. Il prenait des médicaments pour son trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), mais il a cessé de les prendre lorsque son médecin a dû arrêter de le suivre. Nous avons rencontré tellement d’intervenants et à chaque fois, il fallait répéter toute notre histoire. Je n’en pouvais tout simplement plus. »

Après s’être assurée que Maxim était hors de danger, l’équipe de médecins et travailleurs sociaux de l’urgence a dirigé Arlette au programme CAFE. « C’était la première fois que j’entendais parler de ce programme et malgré notre scepticisme à la suite de toutes ces années où nous nous sommes sentis abandonnés par notre système de santé, nous avons accepté d’y participer. Et heureusement, car cela a sauvé notre famille. »

CAFE (Crise-Ado-Famille-Enfance) est dirigé par une équipe de professionnels spécialisés en gestion de crise auprès d’enfants de 5 à 17 ans et de leurs familles, qui interviennent quand la situation de détresse familiale est à son plus fort. « Nous voyons des familles qui ont perdu le contrôle de leur enfant, qui n’ont plus de respect pour les règles ou d’échanges positifs, dit Sophie Ménard, chef d’équipe du programme CAFE. Les familles qui se retrouvent dans une impasse se sentent souvent démunies, et cette détresse psychologique peut créer un sentiment d’urgence. Sans intervention rapide, rupture familiale, fugue, crime ou même tentative de suicide peuvent survenir. »

En raison de l’urgence de ces crises, les travailleurs sociaux et psychoéducateurs qui composent l’équipe CAFE sont ‘de garde’ 365 jours par année pour pouvoir agir dans un délai de deux heures. Ils interviennent pendant les heures d’école et les soirs, de 14 h à 21 h, directement sur les lieux. « Le service est accessible, souligne Mme Ménard. Notre équipe opère dans le milieu de vie du jeune, que ce soit l’école, la maison ou ses lieux de rencontre dans la communauté. Nous sommes ainsi bien placés pour éviter que la situation ne s’empire et atténuer le sentiment d’urgence. L’idée est de tout faire pour que les parents n’arrivent pas au stade où ils baissent les bras parce qu’ils ‘n’en peuvent plus’ ».

Les parents de Maxim étaient presque sur le point de s’avouer vaincus par le comportement de leur fils en difficulté. « Nous étions au bout du rouleau, avoue Arlette. L’ambiance à la maison était invivable. Chacun était retranché sur ses positions, et nous ne pouvions plus nous parler. Et les notes que nous recevions de l’école qui ne cessaient de critiquer Maxim ne faisaient qu’empirer les choses. Notre famille était si ébranlée que nous étions arrivés à souhaiter le départ de Maxim de la maison. Nous avions besoin de respirer. Nous n’en pouvions plus. »

Le but de CAFE est de trouver des solutions de rechange au placement ou au signalement à la Direction de la protection de la jeunesse, idéalement des solutions qui permettent au jeune de rester dans son environnement familial. « C’est lorsque la détresse est la plus grande que la famille se mobilise et qu’elle devient plus ouverte au changement », explique Mme Ménard.

Pour Maxim et sa famille, ce changement s’est opéré grâce à Nicolas Masse, travailleur social du programme CAFE. Arlette dit être étonnée, en rétrospectif, que les nombreux conseillers de son fils pendant des années étaient des femmes. « Maxim avait besoin d’une figure masculine. Vu les nombreuses interventions qu’il avait vécues, il était sur la défensive au début. Mais il a rapidement noué une solide relation de confiance avec Nicolas. Nicolas ne nous a fait aucune promesse : il s’est plutôt attelé à rehausser l’estime de soi de Maxim, à l’encourager et à le valoriser ».

Au bout d’un mois, Nicolas avait réussi à calmer la crise après deux ou trois visites hebdomadaires à la maison (pour voir Maxim et sa famille). « La tension s’était assez dissipée pour que nous puissions nous parler. C’était remarquable – lorsque nous nous sommes engagés dans le programme, nous avons constaté que des progrès, a souligné Arlette. Dans les semaines suivantes, grâce à l’appui constant de Nicolas et de sa démarche ouverte, nous avons réussi à fixer des limites ».

Les intervenants de CAFE travaillent individuellement avec les familles pendant un maximum de trois mois, au besoin, pour comprendre les causes sous-jacentes de la crise. Ils créent une structure à la maison qui sert de filet de sécurité pour prévenir les récidives. « Notre rôle est de fournir les outils qui aideront à réorienter les familles enlisées dans la dysfonction, explique M. Masse. Elles apprennent à résoudre les problèmes, à négocier les règles, à aplanir les conflits et à composer avec les changements et les transitions. Quand la famille comprend que nous pouvons travailler ensemble pour améliorer la situation, elle retrouve l’espoir ».

« Notre appui permet de changer l’ambiance familiale et d’améliorer la qualité des interactions, de sorte que les parents et les enfants puissent communiquer plus librement et efficacement, précise M. Masse. « Parallèlement, poursuit Arlette, M. Masse est intervenu auprès de l’école afin de leur expliquer le besoin de regrouper les commentaires critiques pour éviter de nous submerger dans le négatif. Il leur a aussi demandé de souligner les bons côtés de Maxim pour l’encourager.

Par ailleurs, pour que Maxim recommence à être traité pour son TDHA, M. Masse a obtenu une consultation auprès d’un médecin spécialisé dans cette affection. Il a également suggéré que Maxim suive un cours de sauveteur, ce que Maxim a fait avec grand enthousiasme.

« Nicolas avait plein de bonnes idées et d’initiatives. Toutes ces stratégies, conjuguées à la médication, ont complètement transformé notre fils, déclare Arlette. Maxim se sent valorisé, ce qui a grandement relevé sa confiance et son estime de soi. Avant, il était habité par un sentiment d’échec, mais maintenant, il croit en lui et ça le motive. Même les amis à l’école lui ont dit qu’il a beaucoup changé. Il reste calme et attentif en classe, et il fait ses devoirs, ce qui a amélioré ses notes. Maxim aborde tout avec une attitude positive. Ces changements à la maison, à l’école et dans ses activités de loisir sont une source d’énergie positive dans la vie de Maxim. »

Bien que les intervenants du programme CAFE travaillent au CLSC de Côte-des-Neiges et au CLSC de Benny Farm, les familles en crise dans les régions desservies par le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal peuvent faire appel à eux sur recommandation d’un médecin. Les parents peuvent appeler le service Info-Social 811, en tout temps. Un suivi sera effectué sans tarder auprès de l’équipe CAFE si la famille en crise répond aux critères du programme. Dans le cas contraire, les parents sont dirigés à un autre programme convenant à leur situation.

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